Vendredi soir, conférence à l’Université de Chicago donnée par Gary Becker, Nobel d’Economie 92, sur “Human Capital and the Modern Economy”. Pour mémoire, le “Human Capital” est le capital attaché à chaque individu, donc incessible par nature, et formé de l’ensemble de ses connaissances, compétences et aptitudes, physiques et intellectuelles. Ce capital est, comme les autres, frappé d’obsolescence. Il se déprécie, du fait des évolutions rapides des technologies par exemple, mais peut être accru par la formation, l’expérience, ou encore l’accès à des moyens permettant une meilleure santé et une prolongation de l’espérance de vie.Bien que presque totalement ignoré dans les comptes de la nation, le “Human Capital” représente, selon Gary Becker, jusqu’à 70% de la richesse des Etats-Unis et de la plupart des pays développés. Cette proportion est clairement en croissance continue depuis des décennies. Le débat qui suit porte en majorité sur les politiques de discrimination positive, envisagées ici et appliquées ailleurs depuis longtemps. Avec une conclusion provisoirement simple : pour accroître le niveau de “human capital” des segments de population défavorisées, il ne faut pas attendre l’âge d’entrée dans les Grandes Ecoles. C’est avant la maternelle qu’il faut commencer à surinvestir.
Pour en revenir au sujet qui nous passionne chez Chausson Finance, je m’interroge sur les rapports entre “Human Capital” et entrepreneuriat. Avec deux cas pratiques qui posent question :1- Dans les premières phases de création d’une nouvelle entreprise, le “Human Capital” attaché aux porteurs du projet est un élément majeur, si ce n’est le seul, dans la valorisation par les investisseurs. Tout est affaire d’hommes et d’exécution. Les exemples abondent - plus aux Etats-Unis qu’en France, il est vrai - de tandems entrepreneur-VC qui s’épaulent mutuellement sur plusieurs projets successifs. Dans un autre registre, c’est bien et uniquement sur son “Human Capital” que Serge Weinberg peut lever 300M€ en quelques semaines après son départ de PPR. Mais quand on examine les critères de valorisation utilisés par les investisseurs dans les phases ultérieures de développement des entreprises, on voit apparaître des facteurs (actifs, cash-flow, contrats, partenariats) qui ne sont pas directement du “Human Capital” et qui prennent l’ascendant sur le critère humain initial. A tel point qu’il est fréquent de voir les investisseurs “aménager” le comité de direction en y faisant entrer, ou sortir, des membres. Ont peut donc conjecturer que la proportion du “Human Capital” dans la valeur d’une entreprise de croissance diminue en fonction de son stade de développement.Mais ceci est contradictoire avec la tendande macro-économique: plus une économie nationale se développe, plus le “Human Capital” prend de l’importance, mais plus une nouvelle entreprise se développe, moins le “Human Capital” a d’importance. Où va la différence?
2- Peut-on avoir un “Human Capital” négatif ? Sur un constat basique: lorsque Carly Fiorina est débarquée par le board de HP, l’action prend immédiatement plus de 9%. Adepte de la théorie des marchés libres, je crois en la factorisation du “Human Capital”, y compris celui du CEO, dans la valorisation d’une entreprise par le marché. Est-ce à dire, alors, que Mme Fiorina - avec tout le respect que je lui dois - a un “Human Capital” négatif équivalent à 9% de la capitalisation de son entreprise (plus les $20M de prime
de départ qu’elle a touché)? La réponse de Gary Becker est qu’il ne faut pas confondre le “Human Capital”, qui ne peut être négatif (peut-on avoir une espérance de vie négative ?), avec l’effet qu’il a sur une organisation. Carly Fiorina a sans doute un très haut niveau de “Human Capital” mais la déduction de sa valeur de la valeur globale de HP est largement compensée par la puissance du levier que lui accordait sa position de CEO. Soit. J’aimerais bien avoir une quantification de ce levier : quel est le rapport entre le Human Capital du CEO et la création de valeur à son crédit ? Et puis, à ma connaissance, Carly Fiorina n’a pas de successeur désigné, et le marché a donc uniquement arbitré sur sa personne.
Marc Brandsma